Abdoulaye Diouf Sarr, Ministre de la Santé et de l’Action Sociale «Le Sénégal a opté de s’appuyer sur des interventions à haut impact sur la PF pour élargir l’offre de services»

Abdoulaye Diouf, Ministre de la Santé et de l’Action sociale, révèle, dans cet entretien, que le Sénégal a opté de s’appuyer sur des interventions à haut impact comme la planification familiale en post-partum et sur l’auto-injection de DMPA-SC pour élargir l’offre de services en planification familiale.

Cette année, la 7ème Réunion annuelle du Partenariat de Ouagadougou (PO) aura lieu à Dakar du 12 au 14 décembre avec comme thème « Les voies du succès du PO pour 2020 ». Comment appréciez-vous ce choix porté sur le Sénégal ?

Le Sénégal est toujours  très honoré d’abriter  des rencontres internationales comme la 7ème Réunion Annuelle du partenariat de Ouaga­dougou. Je voudrais, au nom du Chef de l’Etat, du Gouvernement et du peuple sénégalais, souhaiter à toutes les délégations, la bienvenue au pays de la Téranga. Le leadership du Sénégal en matière de planification familiale n’est plus à démontrer en Afrique de l’Ouest Francophone et le choix porté sur notre pays pour la deuxième fois le démontre. En effet, le Sénégal est un des premiers pays du PO à avoir élaboré son plan de deuxième génération en mettant en œuvre des interventions à haut impact sur la planification familiale. C’est aussi à Dakar, à la réunion des ministres de la santé des pays du PO en 2015 qu’a eu lieu la signature de l’engagement des pays à porter leur contribution à deux millions deux cent mille femmes additionnelles dans cette phase d’accélération de 2016-2020. Autant de dates repères qui font notre fierté.

Comment se porte la collaboration entre le Sénégal et le Partenariat de Ouagadougou dont l’Unité de Coordination du PO se trouve à Dakar ? 

C’est une collaboration qui est excellente et le Sénégal a l’avantage d’abriter l’unité de coordination. Cela fait que l’UCPO est partie intégrante du comité technique PF du Sénégal et a beaucoup contribué dans nos réunions. Elle a su donner des orientations par rapport aux objectifs communs à tous les pays membres. Elle a aussi participé au financement de l’organisation de la revue à mi-parcours de notre plan d’action pour la PF, tenue en novembre 2018.

Cette 7ème Réunion annuelle du PO coïncide avec le départ de Mme Fatimata Sy, Directrice de l’Unité  de Coordination depuis le lancement du PO. Que vous inspire cette fin de mission pour Mme Sy qui a porté avec son équipe ce mouvement qui a fait bouger l’Afrique de l’ouest francophone ? 

La dynamique impulsée par Mme Fatimata Sy nous a valu beaucoup de succès. Son leadership et son engagement à porter haut le flambeau nous marqueront toujours. Elle a su en bonne pionnière tracer la voie à suivre. Déjà l’année dernière, en Guinée, le bilan des pays du PO avait montré une réalisation à 40% de son objectif assigné en 2020. Nous sommes confiants et pensons que nous devons continuer le travail qu’elle a commencé. Je voudrais la féliciter  et la remercier vivement au nom de tous mes pairs ministres de la santé des pays membres du PO et lui souhaiter un plein succès dans ses nouvelles fonctions.

Au cours des dernières années, la prévalence de la contraception moderne a connu d’importants progrès, qu’est-ce qui est fait pour accélérer la cadence et atteindre l’objectif de 45 % de prévalence contraceptive en 2020 ?

C’est tout d’abord l’engagement du Gouvernement sénégalais à faire de la planification familiale une stratégie de réduction de la mortalité maternelle et, néonatale et une opportunité pour la capture du dividende démographique. En outre, le Sénégal a pris l’option de s’appuyer sur des interventions à haut impact sur la PF comme la planification familiale en post-partum et sur l’auto-injection de DMPA-SC, cela en vue d’élargir l’offre de services en planification familiale.

Il s’y ajoute l’identification systématique des besoins de la cliente pour mieux adresser les besoins non satisfaits en PF et la délégation des tâches, afin d’assurer l’offre de services dans les zones les plus reculées en s’appuyant sur le personnel communautaire. Le développement des stratégies avancées et mobiles a pu renforcer tout ce dispositif.

Dans ce mouvement vers plus de progrès, comment assurer davantage l’inclusion des jeunes ?

Il faut assurément renforcer la communication visant les jeunes car étant une cible assez sensible. Il s’agira à cet effet de profiter des opportunités offertes par les TIC et les réseaux sociaux, négocier avec les opérateurs de téléphonie mobile, pour la mise en place d’une plateforme ADO/jeunes qui servirait à véhiculer des messages ciblés et suivre le niveau d’exposition aux messages. De même, il est impératif que les jeunes soient davantage impliqués dans les processus de prise de décision, si nous voulons répondre à leurs besoins. Enfin, pour mieux adapter les messages à cette cible, une étude sur la segmentation de la cible sera menée en 2019 afin de prendre en compte cette spécificité.

Qu’est-ce qui est fait pour surmonter les obstacles à la mise à l’échelle des pratiques à haut impact comme la délégation des tâches et la distribution à base communautaire ?

La dernière (18ème) assemblée générale des ministres de la santé des pays de la CEDEAO en 2017 a sorti une résolution sur la délégation des tâches qui jette les bases d’une prise de conscience de la nécessité d’accorder un peu plus d’actions à cette problématique. Depuis, le Sénégal a pris des mesures pour l’implication des acteurs communautaires dans les soins afin de rapprocher davantage les services des populations.

L’adoption de la loi sur la santé de la reproduction a été une avancée significative. Où en est-on avec  les décrets d’application ?

Le projet de décret est finalisé et approuvé à l’interne  et sera signé dans les meilleurs délais. Cela permettrait d’avancer sur les facteurs bloquants en rapport avec les aspects législatifs et réglementaires en matière d’offre de PF et de délégation des tâches dans notre pays.

Si le Sénégal veut, entre autres, profiter du dividende démographique, il faut promouvoir d’ores et déjà la planification familiale au-delà du domaine de la santé. Qu’est-ce que le ministère de la Santé et de l’Action sociale a entrepris pour travailler avec d’autres ministères et d’autres acteurs ?

Au sein de la Direction de la Santé de la Mère et de l’Enfant  (DSME), il existe un cadre de concertation multisectorielle regroupant les différents ministères sectoriels comme la justice, l’éducation, la jeunesse, la femme, famille et genre, les associations de jeunes avec des réunions périodiques qui permettent l’échange sur les résultats des interventions en SR menées dans les autres secteurs et l’identification des goulots.

Quelle est la stratégie intégrant la transversalité des interventions qui vous donne le plus de satisfaction ?

La multisectorialité est assurément une stratégie incontournable pour régler certains problèmes de santé et cela est encore plus vrai pour les questions de santé de la reproduction et de planification familiale. Ainsi, nous avons eu à travailler avec certains ministères comme la Jeunesse dans le développement d’approches visant les jeunes et mises en œuvre par les jeunes eux-mêmes dans la région de Diourbel. L’approche « Nidiayou Gox » (Ndr : oncles de quartiers) a été expérimentée dans la région de Kaffrine et a montré comment à travers des interventions menées par d’autres secteurs que la santé, nous pouvons aboutir à des résultats impactant les indicateurs de santé.

Propos recueillis par  El Bachir SOW